Cette note passe au crible des millions de prises de parole d'élus pour repérer celles qui portent sur l'IA, en particulier sur l'IA générale. Nous avons recueilli les propos de responsables du législatif et de l'exécutif, ainsi que d'institutions intergouvernementales. Ils proviennent de comptes rendus d'auditions publiques, de courriers, de discours et d'autres documents. Le corpus compte environ 15 000 prises de parole sur l'IA, tirées de quelque 200 000 documents publiés par 19 gouvernements et organisations intergouvernementales.
Cette analyse repose sur la version 2.10.0 du jeu de données, collectée le 10 septembre 2026. Pour ne garder que les propos qui portent vraiment sur l'IA, nous avons d'abord filtré par mots-clés, puis fait étiqueter les résultats par un grand modèle de langage (LLM). Nous n'avons retenu que les déclarations qu'on peut attribuer à un responsable public précis. Ce que nous entendons par « IA générale », entre autres termes, est expliqué sur notre page de définitions. Pour aller plus loin, consultez la méthodologie complète et explorez les données vous-même.
L'inquiétude domine les débats.
Sur l'ensemble des prises de parole consacrées à l'IA, 20 % sont optimistes et 40 % inquiètes. Sur l'IA générale, l'écart se creuse : 10 % de propos optimistes pour 50 % de propos inquiets. Ceux qui minimisent les risques de l'IA craignent surtout qu'une régulation trop lourde ne pénalise la compétitivité.
D'un pays à l'autre, une même crainte : que l'humanité perde le contrôle de l'IA.
Aux États-Unis, en Chine, dans l'Union européenne, au Royaume-Uni, au Japon et ailleurs, des élus ont publiquement dit leur crainte de voir l'IA échapper à notre contrôle. Dans ces pays, l'IA générale est un sujet qui dépasse les clivages partisans. Aux États-Unis, républicains et démocrates parlent à peu près autant des risques de l'IA et de sa régulation. Dans les débats sur l'IA générale, quatre risques reviennent le plus souvent : la perte de contrôle, les défaillances de gouvernance, les capacités dangereuses des systèmes d'IA et une course effrénée à leur développement. La concentration du pouvoir que pourrait permettre l'IA, en revanche, n'est presque jamais évoquée.
« Hier, mes collègues et moi avons écrit à d'autres parlementaires pour attirer leur attention sur les risques de l'IA. Nous visons tout particulièrement les risques potentiellement catastrophiques liés à l'usage de l'IA pour mettre au point des armes biologiques, chimiques, cyber et nucléaires. »
« Il nous faut aussi penser à la seconde moitié de ce siècle et nous demander si l'intelligence artificielle ne va pas devenir une créature dotée de sa propre volonté et de ses propres objectifs. […] Nous avons tout intérêt à veiller à ce que les machines que nous construisons ne prennent pas littéralement vie : qu'elles ne se fixent pas leurs propres objectifs et leurs propres tâches, qu'elles ne cherchent pas à survivre, à se propager et à atteindre leurs propres fins. »
Les solutions avancées sont rarement à la hauteur des risques décrits.
Quand les élus évoquent le désalignement ou la perte de contrôle, la réponse la plus citée est le « développement de la gouvernance », c'est-à-dire le renvoi à de futurs instruments de gouvernance de l'IA. Rares sont les mesures qui promettent de réduire directement le risque de perte de contrôle. Quelques élus proposent pourtant des régulations bien plus ambitieuses. Certains demandent un moratoire sur le développement de l'IA de pointe, surtout au Royaume-Uni. D'autres visent plus précisément la construction de nouveaux centres de données, surtout aux États-Unis et en Australie. Dans la taxonomie des risques retenue ici (l'AI Risk Repository du MIT), la catégorie de loin la plus fréquente est celle des « lacunes dans la gouvernance de l'IA ».
« J'ai l'honneur de solliciter l'autorisation de déposer une proposition de loi visant à interdire le développement, le déploiement et l'exploitation de systèmes de superintelligence artificielle, à instituer des pouvoirs de surveillance et de contrôle sur ces systèmes, et à régler les questions qui s'y rattachent. »
On parle beaucoup de coopération internationale sur l'IA générale, mais les États-Unis sont à la traîne.
Des élus aux États-Unis, en Chine, dans l'Union européenne, au Royaume-Uni et à Singapour abordent la coopération internationale sur l'IA. Les États-Unis seraient l'acteur clé de tout accord international, et pourtant le sujet se discute surtout ailleurs. Rapporté au nombre de prises de parole, il revient le plus en Chine, au Royaume-Uni, en France et aux Pays-Bas. Il est bien moins fréquent aux États-Unis, comme au Japon, à Taïwan et en Allemagne. Précisons que ces données portent sur les discours, pas sur les actes.
Depuis mi-2023, l'IA s'est installée dans le débat public.
Les prises de parole des responsables publics sur l'IA ont bondi en 2023. Depuis, les capacités de l'IA progressent de façon exponentielle, mais le volume des débats n'augmente que de façon linéaire. Le record mensuel date de juin 2026. Ce pic s'explique en partie par les discussions européennes sur le contrôle des exportations de Claude Fable, le modèle d'Anthropic.
Le Royaume-Uni mène le débat parlementaire sur l'IA générale.
Au Royaume-Uni, l'IA générale occupe une part des débats sur l'IA bien plus grande qu'aux États-Unis ou ailleurs. Le pays dispose sans doute de la plus forte capacité d'action publique face aux risques de l'IA, grâce à son AI Security Institute, dont les travaux sont régulièrement cités dans les débats politiques.
Chaque pays a ses mots pour parler d'IA générale.
En Chine, on ne sait pas encore quel terme correspond vraiment à l'anglais « AGI ». Certaines expressions qui semblent proches de l'AGI telle qu'on l'entend aux États-Unis désignent peut-être plutôt une « IA d'application générale ». L'auto-amélioration récursive y est parfois appelée « l'IA au service de l'IA », et ainsi de suite. À Taïwan, on aborde ces sujets avec le simple mot anglais « AI », sans plus de précision. Les parlementaires néerlandais parlent volontiers d'« IA avancée ». Leurs homologues américains, japonais et britanniques emploient souvent « AGI », « ASI » ou « singularité ». Pour en tenir compte, nous avons établi une liste de mots-clés propre à chacune des 11 langues du corpus.
Les limites de l'étude.
Elles tiennent surtout à deux points : la part de subjectivité des étiquettes posées par des modèles d'IA et une couverture incomplète des débats publics. Pour les 19 juridictions étudiées, nous avons choisi nos sources selon le volume attendu de débats sur l'IA et la facilité d'accès aux données. Certains échanges ont donc pu nous échapper, parce que nous n'avons pas trouvé la source, qu'elle n'est pas en ligne ou que rien n'a été consigné. Nous avons annoté à la main un échantillon et vérifié que nos étiquettes concordaient assez avec celles des modèles. L'essentiel des résultats repose pourtant sur un vote à la majorité entre trois LLM annotateurs. Ces étiquettes restant subjectives, nous ne pouvons pas exclure que certains résultats reflètent en partie des biais de notre méthode. Pour limiter ce risque, nous avons testé plusieurs réglages et ne présentons que les résultats qui, selon nous, ne sont pas des artefacts de notre démarche.
Nous remercions Yilin Huang, Otto Barten, Nestor Maslej, Peter Slattery, Jasmine Sun, Risto Uuk, Kwan Yee Ng, Thomas Woodside, Vinaya Sivakumar, Uma Kalkar, Eliška Andrš, Eli Lifland, Peter Wildeford, Arthur Grimonpont, Florent Berthet et Charbel-Raphaël Ségerie pour leurs commentaires sur les premières versions de ce travail.