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Article 6 mai 2026

D'un bout à l'autre du spectre politique, les Français veulent plus d'encadrement de l'IA

Une enquête d'opinion conduite par OpinionWay pour le Centre pour la Sécurité de l'IA révèle que seuls 8 % des Français souhaitent accélérer le développement de l'IA. À l'inverse, une très large majorité d'entre eux, tous bords politiques confondus, se déclarent favorables à ce que cette technologie soit davantage encadrée et à ce que son développement soit prioritairement orienté vers la « sécurité, les droits et l'éthique ». Des résultats qui tranchent avec les promesses politiques d'investissement et de dérégulation du secteur.

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Le Centre pour la Sécurité de l'IA publie, en partenariat avec l'institut de sondage OpinionWay, les résultats d'une enquête sur la perception des enjeux et des risques de l'IA par les Français. Menée sur un échantillon de 2 065 personnes représentatif de la population française, il s'agit de la première étude détaillée présentant l'avis des citoyens français sur les risques associés à cette technologie, sa vitesse de développement, les mesures de régulation nécessaires ou encore le rôle attendu des pouvoirs publics pour orienter son développement.

1. Les dangers de l'IA inquiètent les Français

Dans l'ensemble, les Français sont très conscients des dangers associés au développement de l'intelligence artificielle. Cette inquiétude ne se limite pas aux préjudices actuels liés à la technologie – tels que les deepfakes, les biais ou les droits d'auteur – mais concerne aussi les menaces encore non matérialisées qui pourraient voir le jour dans les prochains mois ou années faute d'encadrement suffisant du secteur.

Parmi les risques qui inquiètent le plus la société française, on trouve la désinformation et la manipulation de l'opinion (82 %), les cyberattaques (80 %), l'aide à la conception d'armes (78 %), les risques d'escalade militaire liés aux armes autonomes (75 %), ou encore la perte de contrôle sur certains systèmes d'intelligence artificielle (75 %).

2. Une volonté de régulation massive et transpartisane

Alors que l'électorat français se montre de plus en plus divisé sur de nombreux sujets de société, le développement rapide de l'intelligence artificielle rassemble largement contre lui. Seuls 8 % des Français souhaiteraient accélérer le développement de l'IA, 24 % le poursuivre au rythme actuel, et 42 % le mettre en pause temporairement ou ralentir fortement.

3. Les Français souhaitent une intervention forte des pouvoirs publics

Quelle que soit leur affinité politique, une grande majorité de Français souhaiteraient laisser les pouvoirs publics, plutôt que les entreprises privées, orienter le développement de l'intelligence artificielle (56 % contre 25 %).

En particulier, 78 % des Français se déclarent favorables à mettre en place des accords internationaux pour interdire certains usages ou capacités de l'IA qui menacent la vie humaine ou les droits fondamentaux (9 % sont contre). Une proportion similaire souhaiterait renforcer la responsabilité juridique des entreprises ou rendre obligatoires des audits indépendants pour les systèmes les plus avancés.

4. Un décalage croissant entre opinion publique et action politique

Cette enquête révèle un décalage important entre l'opinion publique et les orientations politiques actuelles. Alors que seuls 8 % des Français déclarent vouloir accélérer le développement de l'IA, les dirigeants européens ont fait de l'accélération leur mot d'ordre. « L'Europe va accélérer, la France va accélérer », déclarait Emmanuel Macron au Sommet pour l'action sur l'IA en février 2025, tandis qu'Ursula von der Leyen appelait à faire de l'Europe « l'un des continents leaders de l'IA » et promettait de mobiliser 200 milliards d'euros d'investissements dans l'IA, dont 50 milliards d'euros de fonds publics, sans mentionner de conditionnalité en matière de sécurité ou d'éthique.

« Les Français se montrent remarquablement unis contre le développement rapide et incontrôlé de l'intelligence artificielle. Ils sont une très large majorité à privilégier l'éthique et la sécurité à la vitesse du progrès. Cette préférence dépasse les clivages politiques traditionnels. »
Arthur Grimonpont
responsable du plaidoyer au CeSIA

Tandis que les Français plébiscitent un encadrement renforcé de la technologie et un rôle accru des pouvoirs publics pour orienter son développement, le mouvement politique va en sens inverse. Le règlement « Digital Omnibus » proposé par la Commission européenne, soutenu par la France et en voie d'adoption, repousse de près de deux ans l'entrée en application des obligations pour les systèmes d'IA à haut risque. Ces décisions cadrent mal avec les préférences exprimées par une large majorité de Français, qui souhaiteraient au contraire ralentir le développement de l'IA et renforcer son encadrement.

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