Le 21 octobre, deux vulnérabilités critiques ont été rendues publiques dans PHP, un langage informatique très largement utilisé sur Internet. Présentes depuis plus d'une décennie, elles ont été découvertes avec l'aide de modèles d'IA développés par OpenAI et Google. Ces failles pourraient permettre à des pirates de prendre le contrôle de serveurs à distance. Il s'agit de l'un des incidents de cybersécurité les plus importants de ces dernières années. Plusieurs gouvernements, dont la France et le Royaume-Uni, ont temporairement rendu leurs sites officiels indisponibles par précaution. Aucune intrusion réussie n'a été publiquement confirmée, mais des tentatives d'exploitation ont été observées dès le 17 octobre.
Le même jour, Microsoft révélait qu'un groupe de pirates lié, selon ses analyses, à l'État chinois avait utilisé des agents IA pour automatiser des attaques contre des centaines d'organisations. Dans plusieurs cas, les attaquants ont obtenu des accès privilégiés en moins de trois heures.
« Cette fois, l'IA a permis aux chercheurs de découvrir les failles avant les pirates. Mais elle donne aussi aux attaquants les moyens de trouver et d'exploiter des vulnérabilités à une vitesse inédite. Nous ne pouvons pas attendre qu'une attaque paralyse des hôpitaux ou un réseau électrique pour agir. La France doit mobiliser des moyens considérables pour protéger ses infrastructures essentielles et obtenir un accord international limitant le déploiement des modèles d'IA aux capacités offensives les plus dangereuses. »
Des cyberattaques aux conséquences de plus en plus graves
Ces incidents s'inscrivent dans une prolifération rapide des cyberattaques assistées par IA. Selon une enquête de Reuters publiée le 19 octobre, un pirate a utilisé des agents IA pour compromettre les sites de plus de 100 entreprises. En Amérique latine, un groupe criminel aurait visé plus de 400 établissements financiers avec des agents reposant notamment sur Claude et Grok.
Les conséquences peuvent dépasser largement le monde numérique. Les 11 et 12 octobre, des pirates ont pris le contrôle des systèmes de réfrigération de centaines de supermarchés français. Fin 2025, une cyberattaque a endommagé des équipements de production électrique en Pologne, et a failli occasionner une panne du réseau. L'IA risque désormais d'accélérer ces attaques, alors que de nombreux systèmes informatiques restent obsolètes ou insuffisamment protégés. Le gouvernement britannique a estimé que cet incident démontrait l'importance de sa nouvelle campagne de sensibilisation, baptisée « Be Ready » (« Soyez prêts »), qui recommande à la population de conserver chez elle des réserves d'eau en bouteille et de denrées non périssables pour trois jours.
Le CeSIA appelle à quatre mesures prioritaires
1) Accélérer la cyberdéfense française.
Le gouvernement doit accélérer l'exécution du plan de cyberdéfense annoncé en avril, renforcer les moyens humains, financiers et techniques de l'ANSSI et faire adopter rapidement le projet de loi Résilience, qui transpose notamment la directive européenne SRI2 (après deux années de retard).
2) Anticiper la découverte des failles.
L'ANSSI et ses homologues européens doivent obtenir un accès anticipé aux modèles d'IA les plus performants en cybersécurité. Les développeurs de ces modèles doivent également être tenus de signaler confidentiellement les vulnérabilités critiques découvertes grâce à l'IA, avant toute exploitation connue.
3) Renforcer les contrôles européens.
Le Bureau européen de l'IA doit faire appliquer les obligations d'évaluation et de maîtrise des risques prévues par le règlement européen sur l'IA, y compris pour les modèles open source présentant un risque systémique. Les modèles aux capacités offensives critiques doivent faire l'objet d'évaluations indépendantes et de restrictions de déploiement lorsque leurs risques ne peuvent être maîtrisés.
4) Négocier un accord international.
La France doit porter, avec ses partenaires, un accord contraignant encadrant notamment le développement et la diffusion des modèles d'IA présentant les risques cyber les plus élevés.
Une menace annoncée depuis plusieurs mois
Dès le 8 avril 2026, après la présentation du modèle Claude Mythos par Anthropic, le CeSIA appelait à un plan européen de cyberdéfense. Six mois plus tard, les incidents se multiplient, tandis que les entreprises d'IA annoncent une accélération des découvertes de vulnérabilités.
Dans une lettre ouverte publiée en octobre, près de 500 chercheurs, dont Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton, appellent à des mesures strictes de confinement des modèles capables de mener des opérations cyber, notamment leur isolement d'Internet par défaut.
